Les préparatifs de cette rencontre étaient au cœur d’un briefing organisé jeudi 27 août 2026 à Cotonou par l’ambassade de la Fédération de Russie. Le Chargé d’Affaires par intérim, Andreï Poumpolev, et l’Attaché de presse, Maxime MELETINE, ont présenté les grandes lignes du sommet et les principaux axes de la coopération que Moscou entend approfondir avec ses partenaires africains. Selon Andreï POUMPOLEV, les chefs d’État et de gouvernement de l’ensemble des pays africains, ainsi que les dirigeants des organes exécutifs des organisations régionales d’intégration du continent, ont été invités à participer à la rencontre.
Au-delà de la dimension politique du sommet, l’économie devrait occuper une place centrale dans les discussions. Moscou entend notamment tirer parti de l’intérêt affiché par ses partenaires africains pour l’augmentation des échanges commerciaux et le développement des investissements. D’après Maxime MÉLÉTINE, plusieurs capitales africaines ont déjà confirmé leur participation et prévoient d’envoyer à Moscou des délégations de haut niveau comprenant des représentants des pouvoirs publics et des milieux d’affaires. Cette présence annoncée du secteur privé donne au sommet une dimension particulièrement économique. Les discussions devraient permettre d’examiner de nouvelles possibilités de coopération et de favoriser la conclusion d’accords susceptibles de renforcer les échanges entre la Russie et les pays africains.
Plusieurs secteurs stratégiques figurent parmi les priorités annoncées pour cette troisième édition. Les participants devraient notamment se pencher sur l’utilisation pacifique de l’énergie nucléaire, un domaine dans lequel la Russie cherche à développer ses partenariats avec plusieurs pays africains. La mise en place de systèmes de paiement indépendants figure également parmi les thèmes retenus. La sécurité alimentaire, la transformation numérique et le développement de l’intelligence artificielle seront également au centre des échanges. Ces thématiques traduisent une volonté d’élargir la coopération russo-africaine au-delà des secteurs traditionnellement associés aux relations entre Moscou et le continent. Agriculture, santé, éducation, recherche scientifique, technologies et culture devraient ainsi également faire partie des discussions.
Un Forum économique et humanitaire est prévu parallèlement au sommet. Il devrait comprendre plusieurs sessions thématiques ainsi qu’un espace d’exposition destiné à favoriser les contacts entre les différents participants. Pour Moscou, ce dispositif doit permettre de rapprocher davantage les acteurs institutionnels et économiques et de faire émerger de nouveaux projets de coopération. Le sommet devrait également être l’occasion de procéder à la signature d’accords interétatiques et de contrats commerciaux, selon les diplomates russes. « Nous constatons avec satisfaction le vif intérêt manifesté par nos partenaires africains à l’égard de cette rencontre », ont déclaré les conférenciers, qui assurent vouloir donner une nouvelle impulsion au partenariat russo-africain « dans l’ensemble de ses dimensions ».
Le briefing de Cotonou ne s’est toutefois pas limité aux relations Russie-Afrique. Les diplomates russes ont également abordé la guerre en Ukraine et dénoncé ce qu’ils considèrent comme une nouvelle escalade du conflit. Selon leur lecture de la situation, Kiev bénéficie d’armements, d’équipements et de renseignements fournis par des pays membres de l’OTAN. Ils ont particulièrement mis en avant des attaques qu’ils attribuent aux forces ukrainiennes contre des populations et infrastructures civiles situées dans plusieurs régions russes. Les diplomates ont notamment cité la région de Belgorod, la République populaire de Donetsk, Energodar, où se trouve la centrale nucléaire de Zaporojie, ainsi que le territoire de Krasnodar et plusieurs régions russes, dont Briansk, Koursk, Kherson, Rostov et Moscou. La République populaire de Lougansk et Sébastopol ont également été mentionnées. Ces accusations s'inscrivent dans la position officielle de Moscou sur le conflit russo-ukrainien. Elles n'ont pas été présentées, lors du briefing, comme une position faisant l'objet d'un consensus international.
La question des conséquences du conflit sur les échanges agricoles internationaux a également été soulevée. Les représentants russes ont accusé le gouvernement ukrainien d’avoir intensifié les attaques contre des infrastructures portuaires et logistiques ainsi que contre des navires civils opérant en mer Noire et en mer d’Azov. Selon Moscou, ces attaques pourraient affecter les conditions de transport de cargaisons agricoles essentielles, notamment les céréales et l’huile de tournesol destinées aux marchés internationaux. Un enjeu qui concerne directement les pays africains importateurs de produits agricoles et qui permet à la diplomatie russe de replacer la question de la sécurité alimentaire au cœur de son discours à destination du Sud global. « Les pays africains et, plus largement, les États du Sud global ne doivent pas devenir les otages d’une stratégie qui instrumentalise la sécurité alimentaire à des fins géopolitiques », ont déclaré les diplomates russes, appelant les organisations multilatérales à agir en faveur de la sécurité de la navigation et de la liberté des exportations agricoles.
À deux mois du rendez-vous, le troisième Sommet Russie-Afrique se dessine ainsi comme une importante plateforme diplomatique et économique. À travers le commerce, les investissements, l’énergie, les nouvelles technologies, l’agriculture ou encore la coopération scientifique, Moscou cherche à élargir les domaines de son partenariat avec le continent. La participation annoncée de délégations politiques et économiques africaines donnera également au rendez-vous une portée concrète, notamment si les accords et contrats annoncés se traduisent par de nouveaux projets.
Les 28 et 29 octobre prochains permettront donc de mesurer jusqu’où les ambitions affichées par Moscou et ses partenaires africains pourront se transformer en engagements opérationnels. Pour la Russie comme pour les États africains, le sommet constituera surtout un nouveau test de la profondeur et de la capacité de transformation de leur partenariat.
Cadnel ADEBAYO