Une vision stratégique pour les trois prochaines décennies
Adoptée à travers la loi n°2025-16 du 10 juillet 2025, la Vision nationale de développement à l’horizon 2060 constitue désormais la boussole stratégique de la gouvernance publique au Bénin. Baptisée « Bénin 2060 ALAFIA, un Monde de Splendeurs », elle s’étend sur trente-cinq ans, à partir de 2026, et se décline en quatre grandes séquences.
La première, couvrant la période 2026-2035, est consacrée à la consolidation des acquis. Autrement dit, il s’agit de préserver et renforcer les réformes économiques, institutionnelles et structurelles engagées au cours de la dernière décennie. Cette vision impose un principe clair : toute politique publique, tout plan national de développement et toute action des acteurs publics ou privés doivent s’aligner sur ses orientations stratégiques. Dans ce contexte, la prochaine élection présidentielle ne se limite pas à une alternance politique : elle déterminera qui aura la responsabilité de conduire la première étape de cette vision nationale.
Romuald Wadagni, le profil technocratique de la continuité
.Ministre de l’Économie et des Finances depuis près d’une décennie sous le président Patrice Talon, et candidat porté par les parti de la mouvance présidentielle, il s’est imposé comme l’un des artisans des réformes économiques du pays. Âgé d’une cinquantaine d’années, il a piloté plusieurs transformations majeures émissions d’euro-obligations sur les marchés internationaux; amélioration de la transparence budgétaire; consolidation de la croissance et maîtrise de l’inflation. Ces performances ont été saluées sur la scène internationale, notamment par son élection comme Meilleur ministre des Finances d’Afrique en 2024, distinction basée sur la gestion de la dette, la stabilité macroéconomique et la performance économique globale. Pour ses partisans, son profil technocratique représente la garantie d’une continuité des réformes et d’une gestion rigoureuse de la phase de consolidation prévue par la Vision 2060.
Paul Hounkpè, l’option politique et territoriale de l’opposition
Face à cette approche économique, Paul Hounkpè incarne une autre lecture du développement. Président du parti Forces Cauris pour un Bénin Émergent (FCBE) et candidat déclaré à la présidentielle du 12 avril 2026, il se présente comme la figure d’une opposition modérée et républicaine. Ancien instituteur, âgé de 56 ans, il a construit sa carrière politique au niveau local, notamment comme maire de Bopa de 2008 à 2015. Cette expérience nourrit aujourd’hui son discours axé sur la gouvernance de proximité et le développement local.
Son parcours national s’est renforcé après son passage au gouvernement en tant que ministre de la Culture en 2015. En 2019, il prend la tête des FCBE dans un contexte de recomposition politique, avant d’être reconnu chef de file de l’opposition en mai 2023. Pour ses soutiens, Paul Hounkpè propose une approche davantage orientée vers le dialogue politique, la participation citoyenne et l’équilibre territorial du développement
Une élection décisive pour la première phase de la Vision 2060
Au-delà des personnalités, la présidentielle de 2026 constitue un moment charnière pour la trajectoire nationale. La période 2026-2035 doit en effet consolider les bases économiques, institutionnelles et sociales sur lesquelles reposera la transformation du pays à l’horizon 2060.
Deux visions semblent ainsi se dessiner : la continuité technocratique et économique, incarnée par Romuald Wadagni et l’alternative politique et territoriale, portée par Paul Hounkpè.
Dans les deux cas, le futur président devra composer avec un cadre stratégique déjà défini par la Vision « Bénin 2060 ALAFIA ». La véritable question pour les électeurs devient donc moins celle de la vision que celle du profil capable d’en assurer efficacement la mise en œuvre. La présidentielle d’avril 2026 pourrait ainsi se lire comme un choix de méthode plutôt que de cap. La trajectoire nationale est déjà tracée pour plusieurs décennies ; reste à déterminer qui sera le mieux placé pour conduire la première étape de cette transformation.
Entre la rigueur économique d’un technocrate et l’approche politique d’un homme de terrain, les électeurs béninois devront décider qui, de Wadagni ou de Hounkpè, semble le mieux armé pour faire le job et consolider les acquis du pays dans la marche vers l’horizon 2060.
E . Ducas AYENAN