RÉPUBLIQUE DU NIGER   / Quand le pouvoir glisse vers l’obscurité, l’alerte devient un devoir

RÉPUBLIQUE DU NIGER

Quand le pouvoir glisse vers l’obscurité, l’alerte devient un devoir

(4.0)

Le Niger commence sérieusement à inquiéter. Et l’heure n’est plus aux slogans, encore moins aux postures émotionnelles. L’heure est à la lucidité, à la responsabilité et à l’alerte. Car sous la conduite du Général Abdourahamane TIANI, c’est l’avenir de près de 29 millions de Nigériens, sans compter ceux de la diaspora, qui semble s’enfoncer dans une zone d’ombre de plus en plus épaisse.

Loin de toute posture antipatriotique, le constat s’impose : le régime nigérien donne aujourd’hui l’image d’un pouvoir nerveux, imprévisible et de plus en plus brutal dans son expression, créant une atmosphère anxiogène tant à l’intérieur du pays qu’au sein des communautés nigériennes vivant à l’étranger, notamment dans ces mêmes pays régulièrement voués aux gémonies par Niamey. En effet, le péril majeur ne réside pas uniquement dans la crispation diplomatique ou l’isolement progressif du Niger. Il se situe surtout dans cette propension inquiétante à accuser sans preuves, à désigner des ennemis extérieurs à défaut de réponses internes, et à adopter un langage qui rompt avec les usages minimaux de la diplomatie et de la retenue institutionnelle. Fait troublant, cette dérive n’est pas dénoncée uniquement par des observateurs extérieurs. Elle est également relevée par des voix nigériennes, y compris des proches du régime, à l’image du Dr Abdouramane Barry, dont les prises de position publiques interrogent la trajectoire actuelle du pouvoir.

Les sorties médiatiques répétées du Général TIANI, marquées par un langage de plus en plus agressif, parfois proche de l’invective, donnent le sentiment d’un chef d’État qui a troqué la solennité de la fonction contre une rhétorique de rue. Une dérive verbale qui rappelle, pour certains observateurs, l’influence idéologique et stylistique de figures radicales du panafricanisme militant. Le panafricanisme, lorsqu’il est assumé avec rigueur intellectuelle et vision stratégique, peut être une voie politique respectable. Mais lorsqu’il se réduit à une accumulation de slogans, d’accusations sans fondement et d’attaques verbales, il devient contre-productif, voire dangereux. Gouverner, ce n’est pas haranguer. Diriger un État, ce n’est pas régler des comptes sur les plateaux de télévision. Par le passé, le Général TIANI s’exprimait rarement, souvent de manière elliptique. Même lorsque le message était confus, une partie de l’opinion y trouvait encore matière à croire. Aujourd’hui, le changement est brutal : des accusations graves sont lancées publiquement, sans l’ombre d’un début de preuve, exposant le Niger à des tensions diplomatiques inutiles et à un discrédit croissant sur la scène régionale et internationale.

Ces dérives font écho aux mises en garde formulées par l’ancien Premier ministre malien, Dr Choguel Kokalla Maïga, dans sa tribune du 12 juillet 2025 intitulée : « Attention à ne pas atteindre le point de non-retour ». Une alerte lourde de sens. Le point de non-retour, aujourd’hui, se décline en deux interrogations majeures : le général Tiani est-il grisé par l’illusion d’une longévité assurée au pouvoir ? Où est-il acculé par une réalité sociale et sécuritaire étouffante, marquée par le non-paiement des salaires, la pression terroriste et une crise économique profonde ? Choguel MAÏGA rappelait avec justesse qu’un discours fondé sur la victimisation et l’attaque verbale peut séduire pendant un temps. Mais au-delà de trois ans, si rien ne change, ce sont souvent les mêmes foules qui acclamaient hier qui se retournent demain.

Ironie de l’histoire : parmi les dirigeants de l’Alliance des États du Sahel (AES), Abdourahamane TIANI est le plus âgé. Il devrait donc, naturellement, être le plus mesuré, le plus prudent, le plus sage. Or, les faits donnent aujourd’hui l’impression inverse. La ligne politique devient floue, la parole se durcit, les repères se brouillent. Et pendant ce temps, l’avenir du Niger s’enfonce dans une incertitude inquiétante, comme si la nuit tombait progressivement sur la destinée nationale.

Tirer la sonnette d’alarme n’est ni une trahison ni une hostilité. C’est un acte de responsabilité. Car l’histoire récente de l’Afrique montre que lorsque le pouvoir cesse d’écouter, lorsqu’il confond autorité et brutalité, lorsqu’il substitue le verbe agressif à la vision stratégique, alors le pays s’approche dangereusement du point de rupture. Le Niger mérite mieux que l’obscurité. Il mérite la clarté, la preuve, la retenue et la sagesse.

 

L.EBO

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Brice HAL

2 jours

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