À l’heure où les exigences de transparence, de proximité et de redevabilité s’imposent comme des standards démocratiques, il apparaît opportun que le Président de l’Assemblée Nationale, Me Joseph DJOGBÉNOU, engage un état des lieux exhaustif sur la situation réelle des cabinets des députés dans leurs bases respectives. Car, le député n’est pas qu’un législateur siégeant à Porto-Novo. Il est, avant tout, le représentant d’une circonscription, porteur des préoccupations locales au cœur de l’hémicycle. Le cabinet parlementaire, installé dans la circonscription, constitue l’interface naturelle entre l’élu et ses mandants. Sans ce relais structuré, la fonction représentative s’affaiblit. Les citoyens peinent à faire remonter leurs doléances, les préoccupations locales se diluent, et la perception d’un éloignement entre gouvernants et gouvernés s’installe.
Un état des lieux permettrait d’évaluer objectivement le nombre réel de cabinets effectivement ouverts, leur accessibilité au public, les moyens humains et logistiques dont ils disposent, a régularité des permanences parlementaires, puis l’impact concret de ces dispositifs sur la participation citoyenne d'autant plus que la question des moyens alloués aux députés pour leur mission de représentation mérite clarté et pédagogie surtout dans un contexte où la gestion des ressources publiques fait l’objet d’une vigilance accrue. Si des ressources sont prévues pour faciliter l’implantation des cabinets dans les circonscriptions, il est légitime que l’opinion publique sache dans quelle mesure ces dispositifs sont opérationnels. Cet audit institutionnel, conduit sous l’autorité du Président de l’Assemblée Nationale, ne serait pas un acte de suspicion, mais un exercice normal de gouvernance moderne. Il traduirait une volonté de rigueur et renforcerait la crédibilité de l’institution parlementaire.
La confiance entre élus et électeurs est un capital fragile. Elle se consolide par la présence, l’écoute et la reddition de comptes. Lorsque les populations ont le sentiment que leur député n’est visible qu’en période électorale, le scepticisme s’installe. À l’inverse, un dispositif de permanence actif renforce le sentiment d’appartenance et de considération. Un état des lieux public sur les cabinets parlementaires constituerait un signal fort : celui d’une Assemblée Nationale soucieuse de l’efficacité réelle de son action et attentive à la qualité du service rendu aux citoyens.
L’Assemblée Nationale est la maison du peuple. Encore faut-il que le peuple puisse en franchir symboliquement les portes, dans chacune des circonscriptions. L’heure est venue d’évaluer, avec lucidité et responsabilité, la réalité des cabinets parlementaires locaux. Une initiative forte en ce sens serait perçue comme un acte de maturité institutionnelle et de leadership démocratique.
La démocratie béninoise s’est toujours distinguée par sa capacité d’adaptation et de progrès. Un état des lieux sur les cabinets des députés serait un pas supplémentaire vers une représentation plus accessible, plus efficace et plus redevable. En tout cas, l’enjeu dépasse l’organisation interne : il concerne la qualité du pacte républicain lui-même.
Tchékpémi Jacques AHOUANSOU