En effet, l’exercice budgétaire 2026 sera marqué par une mobilisation significative de ressources sur le marché régional des titres publics. Selon le document État de l’encours et des échéances du service de la dette de l’État, annexé à la loi de finances gestion 2026, le Programme d’émission prévoit une levée totale de 509,7 milliards de FCFA, dont 471 milliards de FCFA en obligations du Trésor et 38,7 milliards de FCFA en bons du Trésor à un an. Ce volume représente à lui seul près de 45 % du besoin total de financement de l’État, estimé à 1 138 milliards de FCFA pour l’année. Une proportion révélatrice du rôle désormais prépondérant du marché domestique dans l’architecture de financement public. Les émissions seront étalées sur l’ensemble de l’année, avec une concentration notable au premier semestre, qui devrait absorber 167 milliards de FCFA, principalement sous forme d’obligations du Trésor. Cette planification vise à anticiper les besoins de trésorerie tout en tenant compte des capacités d’absorption du marché régional. Dominée par des obligations de maturité comprise entre trois et vingt ans, la structure des émissions traduit une volonté claire d’allonger la durée moyenne de la dette intérieure. L’objectif est double : lisser le profil de remboursement à moyen et long termes et contenir le risque de refinancement à court terme. Ce choix stratégique repose sur un arbitrage assumé entre le coût immédiat de l’endettement et la maîtrise des risques futurs. Il confirme également la place centrale du marché Umoa-Titres dans la stratégie de financement de l’État, dans un contexte international marqué par un resserrement des conditions financières et une volatilité accrue des marchés extérieurs.
Au-delà de son rôle budgétaire, le programme d’émission 2026 envoie un signal fort de continuité et de crédibilité aux investisseurs institutionnels de l’Union économique et monétaire ouest-africaine (Uemoa). La régularité des émissions, la diversité des maturités proposées et le respect des engagements de remboursement contribuent à renforcer la signature souveraine du Bénin. Cette orientation répond également à une volonté de limiter l’exposition aux risques de change, de renforcer la souveraineté financière et de tirer parti de la profondeur croissante du marché régional des titres publics. Selon le Document de stratégie d’endettement annexé à la loi de finances 2026, cette dynamique demeure compatible avec les perspectives de viabilité de la dette. La valeur actuelle de la dette publique resterait largement en dessous de son seuil de référence, avec un pic estimé à 44,4 % du PIB en 2025, avant une tendance baissière à moyen terme.
Si les avantages de cette stratégie sont indéniables, elle n’est pas exempte de risques. Le principal défi réside dans la concentration progressive des remboursements obligataires à moyen terme. L’analyse du calendrier prévisionnel du service de la dette intérieure révèle des pics significatifs entre 2026 et 2030, correspondant à l’arrivée à maturité de plusieurs émissions réalisées entre 2020 et 2023. Pour la seule année 2026, les amortissements liés aux emprunts obligataires sont estimés à 298,6 milliards de FCFA, constituant la composante la plus lourde du service de la dette intérieure. Une situation qui exerce une pression non négligeable sur la trésorerie de l’État. Les autorités financières se veulent toutefois rassurantes. Les analyses de viabilité indiquent que l’ensemble des indicateurs demeure en deçà des seuils de référence, avec une valeur actuelle de la dette publique qui ne dépasserait pas 55 % du PIB sur la période de projection. Mieux encore, le taux d’endettement afficherait une tendance baissière à moyen et long termes, porté par les perspectives de croissance économique.
Pour contenir les risques, la concentration des échéances impose une gestion active et anticipative de la dette. Celle-ci suppose une coordination étroite entre nouvelles émissions, opérations de reprofilage et mobilisation de ressources extérieures concessionnelles, afin d’éviter un effet de boule de neige sur le refinancement. À moyen terme, la soutenabilité du recours aux titres publics dépendra de la capacité de l’État à poursuivre l’allongement des maturités, à diversifier sa base d’investisseurs et à maintenir la confiance du marché régional. Autant de conditions nécessaires pour transformer ce choix stratégique en véritable levier de résilience budgétaire.
Cadnel ADEBAYO