Le MATIN : Comment évoluent les préparatifs de la présidentielle au niveau de la Cour Constitutionnelle ?
Dr. GANI ROMUALD IROTORI: L’élection présidentielle du 12 avril est activement en préparation, et la Cour Constitutionnelle, conformément aux prérogatives que lui confère la Constitution, joue pleinement sa partition. Les activités sont déjà en cours à tous les niveaux. Nous sommes engagés dans une dynamique opérationnelle visant à garantir l’accomplissement efficace de notre mission juridictionnelle. Tout est mis en œuvre pour que la Cour soit au rendez-vous de cette échéance majeure.
Le MATIN : Vous avez récemment organisé une formation des formateurs des délégués électoraux. Quelle sera leur mission sur le terrain ?
Dr. GANI ROMUALD IROTORI: La Constitution fait obligation à la Cour de statuer sur les irrégularités qu’elle constate elle-même sur le terrain, notamment en vertu de son article 117. Mais avec un effectif limité, sept (07) conseillers appuyés par une administration, il est matériellement impossible de couvrir l’ensemble du territoire national. C’est pourquoi la Cour recourt à un dispositif stratégique : le déploiement de délégués électoraux. Pour cette présidentielle, près de 3 500 délégués seront mobilisés. Leur mission est claire : être les yeux et les oreilles de la Cour, observer les opérations électorales, relever tout fait susceptible de constituer une irrégularité et en rendre compte fidèlement. Ces informations permettront à la Cour de porter des appréciations éclairées et de qualifier juridiquement les faits. Mais pour garantir l’efficacité de ce dispositif, la formation est essentielle. Il ne suffit pas de recruter, il faut préparer, encadrer et responsabiliser.
Le MATIN : Quel est le profil des formateurs et quel est l’objectif de cet atelier ?
Dr. GANI ROMUALD IROTORI: La formation des délégués repose sur une étape préalable cruciale : la formation des formateurs. Ces derniers sont principalement des rapporteurs adjoints recrutés conformément à la loi organique, ainsi que des assistants juridiques de la Cour. L’objectif est d’harmoniser les connaissances, de maîtriser les textes et surtout d’uniformiser les méthodes pédagogiques. Lors de cet atelier, nous avons passé en revue les stratégies de formation, validé les supports pédagogiques et adopté des outils standardisés qui seront mis à la disposition de tous les délégués. Il faut préciser que ces délégués sont répartis en trois catégories : départementaux, communaux et d’arrondissement. Tous bénéficieront de cette formation structurée, gage de cohérence et d’efficacité sur le terrain.
Le MATIN : Pourquoi observe-t-on la présence de conseillers de la Cour sur le terrain pendant les scrutins ?
Dr. GANI ROMUALD IROTORI: Les articles 43, 45 et 117 de la Constitution confèrent à la Cour la compétence de statuer sur la régularité des élections, y compris sur les irrégularités constatées par elle-même. Il est donc impératif que ses membres ne restent pas confinés dans leurs bureaux. La présence des conseillers sur le terrain répond à cette exigence. Ils supervisent les opérations électorales, observent directement les faits et peuvent intervenir pour constater personnellement des situations critiques. Leur rôle est également d’appuyer les délégués, de résoudre les difficultés éventuelles et de garantir la fiabilité des informations remontées. C’est une présence stratégique, à la fois préventive et opérationnelle.
Le MATIN : Peut-on dire que les contentieux des législatives sont définitivement clos ?
Dr. GANI ROMUALD IROTORI: Absolument. Le contentieux des élections législatives est entièrement vidé. La Constitution prévoit un délai de dix jours après la proclamation des résultats pour introduire d’éventuels recours. Ce délai est largement dépassé, ce qui permet d’affirmer que ce contentieux est définitivement clos. S’agissant de la présidentielle, il convient de distinguer trois types de contentieux : le contentieux préélectoral, déjà en cours (listes électorales, candidatures, activités politiques) ; le contentieux électoral, qui interviendra le jour du scrutin ; et le contentieux postélectoral, relatif notamment à la contestation des résultats. À ce stade, certains recours sont déjà en traitement. Mais je tiens à rassurer : la machine juridictionnelle de la Cour est suffisamment huilée et prête. Elle attend les recours pour les examiner dans le strict respect des délais légaux.
Le MATIN : Votre mot de fin ?
Dr. GANI ROMUALD IROTORI: Je voudrais m’adresser directement aux délégués électoraux. Ils incarnent la présence de la Cour sur le terrain. Leur mission est noble, mais exigeante : observer, noter et rendre compte, sans jamais interférer. Ils doivent faire preuve de discrétion absolue. Les informations collectées ne doivent en aucun cas être diffusées, notamment sur les réseaux sociaux. La Cour est la seule habilitée à les exploiter. Le délégué électoral est un observateur muet : il agit avec courtoisie, discipline et neutralité. En cas de difficulté, une hiérarchie claire existe pour remonter l’information jusqu’au conseiller superviseur, seul habilité à apporter une réponse appropriée. Enfin, j’insiste sur l’importance de la formation. C’est d’elle que dépendra la qualité du travail sur le terrain. J’invite donc tous les délégués à y prendre part avec sérieux et engagement.
À travers cette organisation méthodique et ce dispositif rigoureux, la Cour constitutionnelle entend jouer pleinement son rôle de gardienne de la légalité électorale. À quelques jours du scrutin, le message est clair : tout est en place pour garantir un processus crédible, transparent et conforme aux exigences démocratiques.
Propos recueillis par Tchékpémi Jacques AHOUANSOU